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Cinéma au soleil levant

Swallowtail Butterfly [IWAI Shunji, 1996]

 

Once upon a time, when the yen was the most powerful force in the world, the city overflowed with immigrants, like a gold rush boom town

Quoi de plus en phase avec la triste actualité récente japonaise que d’évoquer le délicat sujet des non japonais au Japon. La loi sur le fichage systématique par biométrie de tous les non japonais à peine ceux-ci posent leurs pieds sur le sol de l’aéroport est entrée en vigueur, sous la pression sécuritaire de la soit disante plus grande démocratie mondiale (*). Leurs yeux ébahis, fichés pour l’éternité via une photo souvenir à l’attention des services gouvernementaux, au cas où par malchance un ou plusieurs non japonais auraient par mégarde oublié de mentionner sur le formulaire à remplir dans l’avion qu’ils venaient au pays du soleil levant pour terrorisme, ou pire tenter de soulever une contestation générale sur des sujets qui fâchent, et donc dont on ne parle pas ; puisque le trop plein de sentiments se doit d’être intérioriser pour le bien de tous.

The immigrants called the city Yentown. But the Japanese hated that name. So they referred to those yen thieves as Yentowns. It’s a bit puzzling, but “Yentown” meant both the city and the outcasts

En voilà un de sujet qui fâche : l’immigration. Les non japonais. Infime minorité au sein d’un pays qui vit en autarcie humaine et génétique, le non japonais l’est véritablement pour la vie, sauvé des eaux par la suprématie de sa carte de résident pour toutes ses démarches. Voilà d’ailleurs ce qui le diffère de l’autre invisible, le sans nom qui même aujourd’hui ne sera pas fiché au listing des supposés dangers. Invisibles aux yeux du monde, oubliés jusqu’à l’occultation sociologique, les clandestins du monde réel sont les Yentowns de IWAI Shunji.
Conduits ici par le rêve d’une vie meilleure, le moteur de tout déraciné volontaire, ils se sont posés là, à la limite de leur ancienne vie et de leurs espoirs, trop loin de chez eux pour y retourner, mais aussi trop loin du Japon fantasmé dont ils ne touchent la réalité que du bout des doigts sans jamais l’empoigner.

This is the story of Yentowns in Yentown

C’est à la frontière de ces deux vies que les Yentowns survivent, avec pour horizon les tours lointaines, image fantomatique du Japon moderne, destination (des)espérée mais pas interdite à force de volonté. Et sur l’autel des espoirs, la concrétisation des rêves de vie meilleure se matérialise en Yens. Devise que le destin va mettre à disposition des héros dépossédés d’ Iwai, au détour d’une cassette trouvée dans le corps d’un yakuza propulsé punching ball le temps d’une tentative de viol empreinte de supériorité « ethnique ». Toi Yentown. Si je paie, tu obéis. Esclave de l’argent, déshumanisé aux yeux des japonais, les Yentowns vont pourtant être constamment hypnotisés par ce Yen. Et tout comme le moustique devant une lampe trop lumineuse………comprendre que ce n’est peut être pas là le plus important, trop tardivement pour regretter. Mais est ce là l’important quand jadis privé de tout on ne désire que vivre pleinement, dans la lumière, ne serait ce qu’un délicieux instant où le plaisir de vivre naît du total abandon ?

I’ve lived a life that’s full
I’ve travelled each and every highway
And more, much more than this
I did it my way Regret, I’ve had a few
But then again, too few to mention
I did what I had to do
And saw it trough without exemption

Tel un résumé poétique, My Way contient l’essence même du parcours des Yentowns de IWAI Shunji, à en devenir l’hymne. Avancer pleinement. Ne rien regretter. Chanté à la face du Japon dans un club devenu à la mode, donc japonais, avec une conviction confondante de vérité par Glico (délicieuse Chara), la sucrerie à lécher des enfants (re)devenue objet des attentions des adultes, My Way est la ligne narrative du film de IWAI, parabolant ses personnages mais donnant aussi l’accroche nécessaire pour faire coexister l’ensemble des protagonistes, du Yentown au Mafieux. My Way, pierre philosophale transformant le plomb en or, ou plutôt l’argent en encore plus d’argent, mais aussi la chenille en papillon, Ageha. Ce sont donc les histories croisées d’humains en quete d’humanité dans le regard des autres que dévoile IWAI en une narration tout aussi multiple que risquée. Véritable mélange de genres de musical à drame en passant par yakuza eiga, le destin de ces quelques Yentowns choisis se déroule sous le regard de la véritable héroine, Ageha, une jeune fille sans identité qui s’en construira une quand elle se verra donner un nom. Il y a ce mélange de croyances populaires ancestrales et de modernité gargantuesque dans le discours de IWAI Shunji, créant une distance avec le réel tout en le pointant du doigt avec insistance.

En parlant d’un monde qui n’existe officiellement pas, IWAI Shunji concoit une uchronie réaliste que l’on devine cachée derriere le rideau. Les oubliés du systeme sont là, et le réalisateur leur donne la parole. Un registre thématique rare au Japon. Du grand cinéma.

[wpaudio url="/wp-content/uploads/sound/Yentownband-MyWay.mp3" text="YenTown Band - My Way (cover by Chara)"]

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Swallowtail Butterfly (スワロウテイル)
1996
Un film de IWAI Shunji
Avec : MIKAMI Hiroshi, Chara, ITO Ayumi, EGUCHI Yosuke, Andy HUI Chi-on, WATABE Atsuro, YAMAGUCHI Tomoko, OTSUKA Nene, MOMOI Kaori, DOUGUCHI Yoriko, CURTIS Mickey, WATANABE Tetsu, ASANO Tadanobu, FUJII Kahori, KOHASHI Kenji, MITSUISHI Ken, SAKAI Toshiya, SHIOMI Sansei, YAMAZAKI Hajime, TAGUCHI Tomorowo, Rolly, MINAMI Kae, SUZUKI Keiichi

(*) A lire : http://tokyo.blog.lemonde.fr

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