Cycle Kansai : l’autre cinéma japonais – Quelques mots
Catégorie : Festival et évenementUne fois de plus la MCJP prend un risque de programmation avec un cycle de films contemporains, souvent des premières œuvres, en présentant le tout sous un emballage de particularisme régional. On ne peut difficilement faire moins glamour. Mais finalement la programmation se révèle intéressante, du moins dans ce que j’ai pu en voir ; ce qui ne veut en aucun dire que les films étaient tous bons. Mais au moins la sélection a fait preuve d’une belle diversité, en n’omettant pas les courts métrages, qui étaient souvent en relation avec le film diffusé ensuite. C’est ainsi qu’à coté de quelques grand noms connus tels que Kawase ou Kumakiri, le cycle permet de faire connaissance avec une nouvelle génération de réalisateurs dont certains arriveront à n’en pas douter à se faire un nom.
Le texte d’introduction du programme, repris ici-bas, fait état des particularités de production / réalisation propre au Kansai. Je vous laisse en prendre connaissance, et voudrais surtout revenir sur un point qui m’a marqué a posteriori lorsque j’ai fouillé à la recherche d’infos sur les réalisateurs c’est une certaine prédominance des collectifs et autres comités. L’information n’est pas nouvelle, surtout dans le cadre de productions amateurs ou indépendantes. Mais ces comités ne font finalement pas que de la production.
Lors du Q&A avec l’animateur indépendant WADA Atsushi venu présenter son court The Mechanism of Spring (séance où nous étions moins d’une dizaine), ce dernier a confirmé l’existence d’un collectif d’animateurs indépendants dont le but n’est pas la production mais la distribution, avec en principal but de créer une structure assez forte pour, par exemple, peser vis-à-vis du gouvernement dans le cadre des aides distribuées. Une pratique de mise en commun de forces, qui trouve écho dans les collectifs de réalisation. A y regarder plus près, pas mal de films présentés lors du cycle sont réalisés par ce genre de collectif regroupant des membres spécialisés dans divers domaines : cinéma, musique, 3D, animation… Là où avant on avait à faire à un réalisateur aidé d’un staff, ce dernier passe ici au même grade que le réalisateur en qualité de décideur et créateur et chacun apporte ses idées et ses spécialités. Le cas le plus évident, dans le cadre du cycle, est le Shikou no rappasha pour le moyen métrage Fighting Woman. Le réalisateur est ainsi le collectif. Mais on peut aussi parler du duo DAIKIRI Takuya et MIURA Takashi. Le premier est un illustrateur renommé tandis que le second est photographe et chef op. La conjugaison de leurs spécialité donne deux films visuellement époustouflants (entre autres bons qualificatifs). Enfin, le cas ISHIBASHI est tout aussi révélateur, puisque les réalisations de ce dernier sont en fait les réalisations de son collectif Kyupi-Kyupi (et ceci même si Ishibashi semble être dominant dans la troupe).
Alors, un nouveau mode de fonctionnement plus inter-média ? A voir dans les années à venir mais la piste peut devenir une vraie autoroute de créativité.
Recapitulatif des publication liées à ce cycle :
(post-it) Le festival CO2
(avis) Line
(avis) Destroy Vicious
(avis) I wanna drive you insane
(avis) Fighting Woman
(avis) Helpless Stones
(avis) Nikotoko Island
(avis) Alice in the Underworld
_______________________________________________________________________
CINÉMA INDÉPENDANT DU KANSAI
par Hiroshi Nishio, réalisateur
Naomi Kawase, Kazuyoshi Kumakiri, Nobuhiro Yamashi- ta, Yûya Ishii… Ces chefs de file du renouveau actuel du cinéma japonais partagent un point commun : leurs films ont été produits dans la région du Kansai (Ôsaka- Kôbe-Nara-Kyôto), un lieu propice aujourd’hui à la jeune création indépendante grâce aux efforts conjoints de petits producteurs, de jeunes organisations festivalières et des universités.
D’autres noms comme Yoshimasa Ishibashi, Nobuhiro Aihara, Takashi Itô et Masakatsu Takagi sont représentatifs de cette production locale qui cherche moins à affirmer un régionalisme culturel (il n’existe pas à proprement parler un cinéma typique du Kansai) qu’à revendiquer une nouvelle façon de produire le septième art, plus libre et moins mercantile, à l’écart de Tôkyô, où les protagonistes du cinéma commercial se livrent une lutte acharnée pour leur survie.
Créé en 2005, la programmation du festival CO2 (Cineastes Organization Osaka) se fait l’écho chaque année du dynamisme et de la diversité du cinéma produit dans le Kansai où, peut-être, est en train de s’esquisser le cinéma japonais de demain. Une tendance confirmée par le tout nouveau Nara International Film Festival, dirigé par la réalisatrice Naomi Kawase, dont la première édition a eu lieu en août 2010 ; sans oublier les débuts prometteurs d’auteurs déjà remarqués sur le plan inter- national, cités plus haut et issus de l’Université d’Ôsaka.
Dans la ville d’Ôsaka, il existe deux formations en cinéma. La première correspond à la section cinéma de l’École Photographique d’Ôsaka (aujourd’hui rebaptisée École d’Arts Visuels d’Ôsaka). Cette formation, par laquelle sont passés des gens tels que Naomi Kawase, débute par la réalisation d’un exercice de tourné-monté. Equipé d’une petite caméra vidéo, chaque élève est tenu de quitter le bâtiment de l’école, de passer la journée en ville, et d’en revenir après avoir filmé ce qui aura le plus retenu son attention. Avec des plans d’une dizaine de secondes et des durées totales d’à peu près trois minutes, les rushes ainsi tournés font l’objet d’un visionnage collectif le jour suivant le tournage.
Contrairement aux principales écoles de la capitale où l’apprentissage du métier commence par une étude approfondie de l’histoire du cinéma et de ses grandes œuvres, l’enseignement prodigué dans cette école part du principe qu’œil et caméra doivent être mis en adéquation, et qu’il doit en résulter un outil capable de représenter avec justesse l’espace entre soi-même et le monde. Cette approche de la pratique cinématographique a durablement marqué les jeunes en formation. On peut le constater chez quelqu’un comme Naomi Kawase, ou bien chez d’autres cinéastes un peu plus jeunes tels que Kakuei Shimada ou Tadasuke Kotani, qui présentent tous deux des styles re- posant non pas sur un travail d’écriture mais sur une mise en scène directe et très personnelle du monde, caméra au poing. Les récits propres aux cinéastes issus de cette formation ne sont donc pas le fruit d’un travail à partir de scénarios laborieusement préparés, mais résultent plutôt d’une mise en récit du monde qui commence par son observation à travers le viseur de la caméra.
La deuxième école correspond au département de cinéma de l’Université des Beaux-Arts d’Ôsaka, où ont été formés des gens comme Nobuhiro Yamashita. L’encadrement pédagogique est assuré par de grands noms de la profession, par exemple Kazuo Miyagawa, aujourd’hui disparu, directeur de la photographie attitré de Kenji Mizoguchi (Rashômon, Contes de la lune vague après la pluie, etc.). Ou bien le réalisateur Sadao Nakajima, connu pour ses films d’action à la Nikkatsu. Il s’agit de professionnels qui ont fait carrière au sein de compagnies comme la Daiei ou la Toei, à l’époque du studio system tel qu’il existait dans la ville de Kyôto. Les élèves de cette école apprennent donc leur métier dans une démarche corporatiste, animée par la transmission d’un savoir-faire précieux. Ils suivent et reproduisent ainsi les modèles et le savoir de leurs aînés. Mais contrairement à l’époque où le studio system tournait à plein régime, les années de formation de ces jeunes cinéastes sont marquées par une absence presque totale de soutien financier, universitaire ou autre, dans la production de leur projet de film. Ils sont donc contraints d’effectuer des petits métiers et de réunir par eux-mêmes des budgets qui oscillent entre 2 et 5 millions de yens (entre 20 et 50 000 euros). Cette situation a cependant l’avantage de libérer le jeune cinéaste de tout risque d’ingérence de la part de l’université. Nobuhiro Yamashita, Kazuyoshi Kumakiri, ou des auteurs plus jeunes comme Yûya Ishii, Tomoya Maeno ou Kôhei Yamakawa, sont donc les héritiers des réalisateurs et techniciens qui les ont formés. Mais ils en sont néanmoins fortement éloignés par leurs centres d’intérêt, et se sont d’ailleurs fortement concentrés sur la description des problèmes rencontrés par les membres de leur propre génération.
Lorsqu’on se penche sur le cinéma indépendant du Kansai, c’est-à-dire des villes d’Ôsaka, de Kyôto et de Nara, force est de constater le rôle central joué par ces deux écoles. Une des caractéristiques partagées par les cinéastes qui en sont issus réside dans la priorité qu’ils donnent à leur propre subjectivité, préférant ainsi faire confiance en la justesse de leur regard plutôt qu’en des modèles cinématographiques préexistants.
Il ne s’agit cependant pas pour eux de rendre compte d’un « ici et maintenant » inscrit dans un continuum historique banal, mais plutôt de considérer le moment vécu comme unique, précieux et susceptible d’être sublimé par le biais de la caméra. Cette démarche est par ailleurs accompagnée par leur très forte détermination exprimée par la formule « Do It Yourself » (« Débrouille-toi tout seul »). Formé dans ces deux écoles, le duo de cinéastes Takashi Miura et Takuya Dairiki en est l’illustration parfaite. Contrairement à la région du Kantô, le Kansai a connu une disparition presque complète de son industrie cinématographique. Dans un tel environnement dépourvu d’investisseurs et de structures, la seule solution possible consiste à agir en indépendant, donc à ne subir ni les contraintes classiques de production ni les obligations commerciales propres à l’exploitation cinématographique classique. Les jeunes cinéastes ont ainsi pu réaliser leurs films sans se soucier de questions de rentabilité ni d’éventuels problèmes de contenus. Par ailleurs, le fait qu’ils n’aient pas débuté en tant que critiques cinématographiques a sans doute contribué à ancrer leurs sujets dans la vie quotidienne. Cette préférence, qui se manifeste dans les œuvres de Naomi Kawase, Nobuhiro Yamashita et de nombreux autres auteurs, est en effet liée à la nature de leur approche, bien plus subjective que cinéphile.
En 2005, le Cineastes Organization Osaka Exhibition, organisé dans la ville d’Ôsaka, visait à susciter des rencontres entre jeunes cinéastes et investisseurs potentiels. Les participants sont venus de l’ensemble du territoire japonais, et les auteurs en herbe – Satoko Yokohama par exemple – espéraient y trouver des partenaires susceptibles de les accompagner dans la réalisation de leurs projets. Par ailleurs, à partir de l’an 2000, Nobuhiro Yamashita, et dans sa foulée de nombreux réalisateurs issus de la même université que lui, ont quitté le Kansai pour gagner Tôkyô et y fonder leur structure de production en y engageant leurs camarades de formation. Les échanges entre les deux régions n’ont dès lors jamais cessé, et l’esprit d’indépendance venu du Kansai est resté bien vivant grâce aux activités de gens comme Izumi Matsuno. De nouveaux auteurs très cinéphiles ont alors également commencé à s’exprimer, et le mouvement n’a cessé d’évoluer jusqu’à aujourd’hui.
De nos jours, la vague indépendante a pris une telle ampleur que la situation est proche de la saturation. Des centaines de films sont ainsi produits chaque année, mais très rares sont ceux qui voient le jour en salle de cinéma. Les jeunes auteurs porteurs de l’esprit d’indépendance du Kansai débordent cependant d’énergie et mènent leur activité de cinéastes à la manière d’une véritable guérilla, en s’ingéniant notamment toujours à trouver des espaces de projection alternatifs aux salles de cinéma. Cette rétrospective consacrée au cinéma indépendant du Kansai est l’occasion de découvrir des films de jeunes auteurs représentatifs de ce mouvement. Espérons qu’elle puisse porter ses fruits et inspirer de nombreux jeunes auteurs de par le monde.
Traduction : Antoine de Mena
Texte repris de la brochure officielle du cycle
8 Commentaires pour Cycle Kansai : l’autre cinéma japonais – Quelques mots
Moins de dix personnes!!! et ben .. (c’était moins de 15 pour la venue de Satoko Yokohama .. il y avait foule).
J’imagine qu’un NipponConnection version Parisienne tiendrai difficilement une ou deux éditions :/ , plus qu’a ressortir les peloches en scope N&B pour attirer les qlq fidèles de cru 60s only (ce qu’ils ont prévu en grosse dose d’ailleurs, on est pas pret de revoir du contemporain avant un bon moment à mon avis )
La séance la plus remplie à laquelle j’ai assisté, c’était pour le doc sur les vibromasseurs
(qui était précédée d’un moyen métrage plutot étonnant)
Pour Wada j’ai manqué de reflexes. J’ai posé la seule question de la séance de Q&A (heureusement que le mec est prolixe et a tenu 15mn en monologue), mais je ne l’ai pas choppé après (de tt façons vu ma connaissance en animation indépendante, je n’aurai pas été loin)
J’aime bcp ses travaux à Wada, j’aurai bien aimé l’interviewer. Mais bon, la SNCF m’a tuer :/
Pour le reste du cycle, ça pourrira surement dans des archives à screener.
[...] par exemple, Naomi Kawase vient de là-bas. Bon, au-delà d’un éventuel aspect auteurisant, cet article revient sur la situation étonnante des réalisateurs vivant dans cette région. En parlant [...]
C’est déjà pas mal de réunir un peu moins de dix personnes ! Faut pas déconner. C’est qui ces gens du Kansai d’ailleurs ? On ne les connait même pas.
Sans ça, penses-tu yume donner plus d’info sur les auteurs de “Nikotoko Island” et “Helpless Stones” ? Ils mériteraient qu’on s’intéresse à eux, à la façon dont ils sont produits, etc… j’ai trouvé leurs films très frais. Une vraie évasion à la plénitude éthéré. On voit que les mecs touchent à la photo tant chaque plan semble une photographie vivante. Par contre le choix du noir&blanc me laisse perplexe. Est-ce encore pour coller à une esthétique purement photographique ?
(http://dddmmm.info/en/)
Et sinon, il était très bien ce documentaire sur les vribo’. Très sympa dans ce trip “dis-moi quel vibro’ tu utilises, je te dirais quel type de personne tu es”. Finalement les libidineux parigots ne s’étaient pas donnés rendez-vous. Ils ne se sont pas laissés prendre !
Hello ID
je suis en train de finaliser mes textes sur Miura & Daikiri. Pas facile vu la redite évolutive entre les deux films. Mais faut que je le publie rapidement, sinon ça va rejoindre la zone d’attente ad vitam eternam.
ah j’avais pas vu leur site, ils ont fait plusieurs courts en fait, ça m’a l’air similaire dans l’esprit. Gros risque de tourner en rond quand même, on voit bien que Helpless Stone est la maturation réussie d’un Nikotoko Island bcp plus creux (mon dieu cette séquence interminable de lancer de pierres …). J’espere me tromper car j’ai bcp aimé Helpless Stone (minus qlq pets de trop)
Le risque est là en effet. Il est intéressant de voir sur le long, la façon qu’ils vont faire perdurer leur imaginaire sans devenir ronflant. Perso’, je n’enlèverai rien à leur deux métrages. Même la scène du lancer de pierres. Les trois personnages qu’ils représentent me font mieux marrer en tout cas. Un côté film burlesque plaisant à suivre.