Destroy Vicious [SHIMADA Kakuei, 2009]

Catégorie : Films

En créant sa propre structure de production, Punk Films, le réalisateur SHIMADA Kakuei avait annoncé la couleur. Et effectivement, une certaine punk attitude est au cœur de ses films, que cela soit dans le ton, la musique ou la thématique. C’est ce mélange qui fait les forces mais aussi les faiblesses de ce Destroy Vicious, dont le titre ramène directement à la figure de Sid Vicious, dont l’ombre plane tout du long jusqu’à faire un caméo démesuré sous forme de Dieu chaotique, guitare à la main. Pour un peu, on penserait volontiers à certains direct-to-video de MIIKE Takashi, avec cependant une touche plus prononcé de délire quasi cartoonesque.

Nimi et son ami Saito abattent dix yakuza d’un clan adverse, pensant que ces derniers menaçaient de mort leur chef. Malheureusement ils n’ont fait que mal interpréter une blague entre les deux chefs de clan et se retrouvent abandonnés par les leurs. En rentrant chez lui, Nimi croise le chemin d’une jeune fille sourde, Maria, qui lui demande de la frapper au visage. Leur chemin vont se recroiser par la suite, alors que Maria donne une concert avec son groupe punk 100% féminin et que Nimi est de son côté pourchassé par un mystérieux tueur invincible envoyé par les yakuza.

Débutant sur un magnifique plan hyper graphique (rouge et noirs poussés) fixe en légère contre plongée sur une scène de massacre, Destroy Vicious se fait momentanément passer pour ce qu’il n’est pas : un film noir violent et poseur. La transition sur la seconde scène ne s’en révèle que plus violente avec son décor cheap, ses maquillages mal fait (la cicatrice en X de Nimi, particulièrement), son acting déplorable et en surjeu total, sa photographie en lumière directe et surtout l’absurdité enormissime du ressort scénaristique qui lance l’histoire. Et tout du long de ses 2 heures, Destroy Vicious va constamment osciller entre ces deux genres d’extrêmes. Mais une chose est cependant bien constante : la générosité ; Qu’elle soit graphique ou scénaristique. Shimada livre un film certes bancal mais néanmoins rempli à ras bord d’énergie, jusqu’à l’épuisement. Il ne s’est donné aucune contrainte, aucune barrière et enchaine donc les scènes et situations les plus incongrues. Violent, sexy, cartoon, philosophique, musical, drôle, gênant, anarchiste, touchant, énervant, démesuré. Tous ses qualificatifs s’appliquent à un moment donné à Destroy Vicious à tel point qu’on se demande si finalement tout ceci n’est pas en totale roue libre. Il s’avère portant que tous les arcs narratifs sont suivis et conclus, confirmant que le film n’est pas qu’une succession de saynètes, qu’un placardage d’idées folles pour le placardage d’idées folles lui-même. Difficile néanmoins de faire ressortir un fond, un discours. Un raccourci facile serait de parler de liberté. En fait la dernière partie du film s’enlise dans un pseudo discours faisant s’écrouler tout le rythme soutenu qui précédait. Comme souvent la durée excessive du métrage, 2 heures quand même, reste la plus grosse faiblesse. Pas pour la durée en elle-même, mais pour cette nette impression de voir la créativité s’amenuiser dans la demi-heure finale. Dommage, surtout quand le réalisateur avait préalablement prouvé qu’il osait tout et n’importe quoi. En plus de l’humour potache, à base de grimaces appuyées, Destroy Vicious désarçonne régulièrement en versant dans un esprit cartoon. D’une missile balistique décapitant les passants, à une attaque de char au relent de SF cyberpunk, en passant par le tueur masqué, l’irréel s’invite dans l’histoire. Forcément la qualité des incrustations est hautement critiquable, mais leur apparitions ne brise à aucun moment la suspension de crédulité nécessaire de toute façon dès les premières minutes pour se laisser embarquer avec Nimi et Maria dans leur virée punk au milieu d’une foule bigarrée de protagonistes tout aussi attachants que surréalistes. Evidemment, la caractérisation n’est pas du tout poussée, chaque personnage n’étant qu’un archétype extravaguant. Mais cela suffit à rendre le film attachant, en majeure partie grâce à l’implication des deux acteurs principaux dont l’intolérablement hot bikini idoru Matsumoto Sayuki dont le travail sur la prononciation hachée de son personnage sourd est convaincante – même si on a plutôt envie de rester focalisé sur son physique, bien mis en valeur par un réalisateur malin. On notera aussi la présence de divers membres de groupes punk ainsi que de façon plus étonnante un petit rôle pour Kawase Naomi. Sur son site officiel, cette dernière explique avoir été la prof de Shimada à l’Université des Arts Visuels d’Osaka et qu’ils ont gardé de bons contacts.

Avec sa générosité graphique et scénaristique, Destroy Vicious a le potentiel indéniable pour prétendre au statut de film culte. Shimada Kakuei a accouché d’un film assez fou, épuisant et s’épuisant malheureusement tout seul dans sa dernière partie. Il ne faut pas chercher là-dedans autre chose que du divertissement débridé avec ce que cela peut comporter de faiblesses. Mais par magie , ou laxisme bienveillant, seule la générosité débordante dont fait montre le film reste ancrée dans la mémoire du spectateur en fin de séance.

Film vu dans le cadre du cycle Kansai : l’autre cinéma japonais à la MCJP

_______________________________________________________________________

Destroy Vicious (デストロイ・ヴィシャス)
2009
Un film de SHIMADA Kakuei (島田角栄)
Avec : MATSUMOTO Sayuki (松本さゆき), NAKAI Masaki (中井正樹), OTSUKA Akio (大塚明夫), KAWASE Naomi (河瀬直美)

Mots clés: , , , , ,

Article précédent: ;
1 Commentaire pour Destroy Vicious [SHIMADA Kakuei, 2009]
  1. [...] des publication liées à ce cycle : (post-it) Le festival CO2 (avis) Line (avis) Destroy Vicious (avis) I wanna drive you insane (avis) Fighting Woman (avis) Helpless Stones (avis) Nikotoko Island [...]

Laisser un commentaire

Commentaires