Festival CO2 : présentation
Catégorie : Post-itLe cycle Kansai de la MCJP aura été l’occasion de revenir sur un festival : le Cineaste Organistion Osaka ou CO2. Mais plus qu’un festival, le CO2 se révèle être un acteur majeur de la vivacité cinématographique de la région. Débuté en 2005, le CO2 est un festival à part puisqu’il n’occupe pas qu’une place de diffuseur pour des œuvres de jeunes réalisateurs locaux, mais plutôt un double poste de producteur et enseignant. Petit tour d’horizon du phénomène.
Si on doit remonter le plus loin possible, disons que tout débute dans les 70’s avec le Yasui Yoshio et la fondation d’un mouvement pour la diffusion du jishu eiga (films autoproduits, indépendants). Au fill des années, il récolte des centaines de films et ouvre une fenêtre de diffusion avec une salle très « art & essai ». Cette salle ferme quelques années plus tard, mais Yasui ouvre un nouveau cinéma à Osaka, le Planet Studyo, et s’associe alors avec un jeune scénariste, TOMOKIA Kunihiko (1). Nous sommes en 1995 et le cinéma servira majoritairement à diffuser les films de jeunes réalisateurs. Pour renforcer ce rôle de défricheur, il crée le festival Cinetribe. Quelques années plus tard, la ville d’Osaka lui demande de créer un nouveau festival de cinéma. Ce sera le CO2. Mais conscient que la ville abrite déjà un festival pour le jishu eiga, Tomokia décide de créer une structure intermédiaire qui servira non seulement à la projection de films indépendants, mais aussi à l’aide à la création.
En fait le CO2 se base une comité de sélection avec des règles très précises. L’idée directrice est de financer des projets, mais pas de le faire à l’aveugle ; agir en tant que producteur exécutif dans un sens. Les réalisateurs doivent donc déposer un dossier, évidemment, mais aussi des copies de leurs travaux précédents. Les demandes passent ensuite devant un comité et seuls quelques élus bénéficient alors d’aide et de subventions. D’après le site officiel, les modalités sont les suivantes :
- Subvention d’environ 600 000 Yens (mais dépendant de l’enveloppe totale donnée par la municipalité)
- Matériel fourni
- Tournage dans la préfecture d’Osaka
- Une partie du staff doit être professionnel
Avec le passage devant comité de sélection, on peut aussi imaginer que le projet doit répondre à certains critères (ne pas être trop autistes ?) et Tomokia, dans son interview chez Midnighteye spécifie aussi que les postulants passent en interview de motivation devant le comité de sélection. Et puisqu’on en est à parler de comité, il faut noter que les membres sont souvent d’illustres noms du cinéma japonais (réalisateurs, producteurs, scénaristes) mais aussi des écrivains ou des musiciens afin de préserver la diversité d’horizons. Cette année par exemple (donc pour la sélection des films qui seront diffusés en 2012), quelques-uns des membres sont :
- KUROSAWA Kiyoshi (qui a déjà officié de nombreuses fois, surement grâce ses bons rapports avec Tomokia)
- YAMASHITA Nobuhiro
- SUGINO Kiki
- Alex Zahlten, programmateur de Nippon Connection (les liens entre CO2 et NC sont étroits)
Au final, 4 ou 5 réalisateurs bénéficient chaque années de l’apport du CO2.
En supplément de cette aide à la production, le festival CO2 dispense aussi des cours en ateliers spécifiques, dont les durées sont variables. Les ateliers dédiés à l’acting et au scénario s’étalent sur 2 à 3 mois, avec une partie pratique sur le terrain. Ceux sur la technique (photo, maquillage, montage) et l’analyse théorique du cinéma (histoire, critique) ne durent que quelques jours. Et CO2 propose enfin des ateliers spéciaux avec par exemple des conférences. Comme pour le comité de sélection des films, ces ateliers sont menés par des professionnels avec parmi eux Tomokia Kunihiko, bien sûr, mais aussi KUROSAWA Kiyoshi (pour les conférences), ITAKURA Yoshiyuki (du collectif Shikou no rappasha > voir article sur le film Fighting Woman).
Plus qu’un festival, CO2 semble donc être une nouvelle approche de l’aide aux cinéastes indépendants, avec un vrai accompagnement dont la contrepartie est un droit de regard, peut-être, pesant. Mais en prenant en charge l’intégralité d’un parcours, du financement à la diffusion, le festival CO2 fait un choix intéressant et courageux qui le différencie des autres gros festivals dédiés au jishu eiga (dont le PIA, le plus gros et ancien festival du genre au Japon, qui bénéficie de son coté d’une vraie facilité de diffusion internationale des films diffusés et recompensés). Une nouvelle voie alternative.
Site officiel
Une interview en japonais de 3 membres du CO2
(1) TOMOKIA Kunihiko a, entre autres choses, travaillé avec KUROSAWA Kiyoshi, aidé à la distribution des premiers films de KUMAKIRI Kazuyoshi ou SHIBATA Go et aussi produit des films de YAMASHITA Nobuhiro. Plus généralement il est très actif sur la scène indépendante.
3 Commentaires pour Festival CO2 : présentation
le sujet mériterait quand même un dossier digne de ce nom, plutôt qu’un simple post-it.
[...] Voir le petit billet sur le festival CO2 (2) La même année, MATSUNO Izumi fait partie des réalisateurs sélectionnés [...]
[...] des publication liées à ce cycle : (post-it) Le festival CO2 (avis) Line (avis) Destroy Vicious (avis) I wanna drive you insane (avis) Fighting Woman (avis) [...]