Helpless Stones [DAIRIKI Takuya & MIURA Takashi, 2010]

Catégorie : Films

Amis d’enfance, DAIRIKI Takuya et MIURA Takashi ont décidé en 2001 de mettre leurs talents en commun pour réaliser des films. L’un est photographe, l’autre illustrateur et graveur. Et si on doit bien retirer quelque chose de Helpless Stones c’est bien la communion parfaite entre ces deux champs de compétences : une composition superbe et poétique magistralement filmée en N&B. Mais cela est-il suffisant pour faire un film ? car au-delà de la forme, le duo privilégie surtout une captation d’ambiance plutôt qu’un scénario.

Dans une zone forestière non déterminée, Miura marche sur les rochers le long de la rivière. Sur son parcours, il rencontre Dairiki et les deux décident de continuer à marcher ensemble. Et alors qu’ils chantent pendant une pause, Matsuda, une fée de la forêt, apparait. Le trio continue sa route et s’amuse ensemble.

Autant tout de suite évacuer les points qui peuvent fâcher. Helpless Stones n’a pas de scénario, pas d’histoire, aucuns enjeux. Helpless Stones c’est juste 3 hommes qui marchent et s’émerveillent des petites choses. Helpless Stones c’est un moment de stase temporelle et géographique. Une bulle où rien n’a de prise si ce n’est le pouvoir de croire et rêver. Les afficionados de l’importance d’un scénario et d’une progression narrative en seront donc pour leurs frais, et le résultat est dans un sens plutôt désarmant dans la perte de repères induite. Mais cette déconnexion totale est une condition obligatoire à l’invitation qu’offrent les deux réalisateurs dans leur imaginaire que l’on pourrait taxer à première vue d’enfantin. Les protagonistes se baladent en effet dans un paradis vierge et sauvage dénué de tout vice dans lequel la moindre fantaisie a une prise réelle. Clairement animiste dans son discours, comme pour cette longue discussion sur le pouvoir supposé d’un caillou ou avec l’arrivée d’un esprit de la foret, Helpless Stones est primal et sensitif. En se basant sur des ressentis immédiats de la beauté des choses simples, les pierres, les herbes, le duo de réalisateurs créent une sorte de paradis zen dans lequel la naïveté est un sentiment pur. A ce titre la légèreté du Helpless Stones est reposante, amusante même par moment (on se serait pourtant bien passé du running gag du pet). Cela n’empêche pas quelques pointes de gravité de pointer de temps à autres, mais en tout état de cause le parti pris d’ambiance hors du temps est une franche réussite qui pourra néanmoins causer autant de plaisir béat que d’ennui appuyé chez le spectateur. Deux sentiments dont on peut cependant se demander si il ne sont pas pleinement voulus par les réalisateurs, quitte au final à faire basculer leur film vers une certaine catégorie d’œuvre expérimentale ou tirant vers l’abstraction artistique. Et ce n’est pas le soin apporté à la photo qui ira contredire cet aspect. Avec une minutie confinant à l’obsession maniaque, le duo joue avec un noir & blanc contrasté, peaufinant par là même l’irréalité de leur histoire, et s’applique à composer autant de scènes panorama classiques que de tableaux abstraits. Dans les préoccupations majeures, on notera les vue macro sur les aspérités pierreuses, mais aussi des effets de style se jouant de la perception du spectateur comme un intelligent plan miroir inversé sur l’eau et un paysage disparaissant jusqu’à se découper en une généreuse chute de rein féminine. Cet esthétisme constant, hyper graphique, est clairement le point fort de cette œuvre finalement inclassable. Un ancrage formaliste qu’il est plutôt rare de retrouver de nos jours, surtout chez des indépendants dont on imagine le budget minime. Helpless Stones se vit finalement autant qu’il se regarde. Ca ne plaira pas à tous, mais les parti-pris graphique et scénaristique ne peuvent laisser indifférents. Il est juste dommage, qu’avec un certain recul sur les œuvres précédentes du duo, on ait l’impression nette d’une redite avec quelques minimes variables. Mais ceci est un autre débat.

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Helpless Stones (コロ石) aka Koroishi
2010
Un film DAIRIKI Takuya et MIURA Takashi
Avec : MATSUDA Keisuke, MIURA Takashi, DAIRIKI Takuya

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1 Commentaire pour Helpless Stones [DAIRIKI Takuya & MIURA Takashi, 2010]
  1. Virginie says:

    Mmh… Où peut-on trouver ça ? Et si possible sous-titré en français ?

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Commentaires