[Interview] HANAWA Yukinari
Catégorie : InterviewsSorti de l’anonymat en 2006 avec le film Hatsukoi, véhiculé par la présence de AOI Miyazaki, HANAWA Yukinari a cependant débuté sa carrière au début des années 80 dans le roman porno. Nous avons eu la chance de le rencontrer à Paris dans le cadre du festival Kinotayo. Compte rendu d’une interview vraiment sympathique, éclairant sur le début de carrière de ce réalisateur.
Comment et pourquoi avez-vous débuté dans le milieu du cinéma ?
Etant jeune j’aimais le cinéma et je voulais travailler dans ce milieu. Mais je ne connaissais personne et n’avais pas de porte d’entrée. J’ai donc décidé de suivre des cours d’écriture de scénario. Puis un jour j’ai lu une petite annonce dans une revue qui était très connue à l’époque au Japon, le PIA magazine. Cette revue publiait entre autres les programmes des salles ainsi que des critiques de films. J’ai répondu à l’annonce et ça a débouché sur mon premier travail dans le milieu du cinéma.
Selon les sources, plutôt confuses, vous auriez ensuite été soit producteur soit assistant réalisateur à la Nikkatsu dans les roman porno. Pouvez-vous en dire plus ?
A l’époque une des seules possibilités de travail pour les jeunes qui voulaient faire du cinéma c’était d’entrer à la Nikkatsu. Et en fait j’y ai été engagé pour des stages dans les années 80. Mais ensuite j’ai surtout eu envie de pouvoir travailler librement sur des thèmes qui m’intéressaient et j’ai préféré travailler en freelance. Et au final pendant de nombreuses années j’ai alterné l’écriture de scénario selon mes envies, que je proposais ensuite à divers producteurs ou réalisateurs, et de scénarios à la demande.
Quels films avez-vous par exemple scénarisé dans les années 80?
Mes scénarios n’ont pas rencontré beaucoup de succès et je n’ai pas de titres de films un tant soit peu connu à donner. (…rire…)
Au début des années 90 vous avez travaillé pour TV Asahi. Etait-ce une évolution forcée du cinéma vers la télé à cause de la montée en puissance de ce média ?
Oui c’était quelque peu forcé. En fait j’ai eu plusieurs demandes de réalisations pour la télévision et j’y suis allé pour cela, pour réaliser. Mais au bout du compte ça ne convenait pas.
Pourquoi ?
La manière de travailler ne me convenait pas. Tout était réalisé en studio avec plusieurs caméras selon les décors. Et cette façon de filmer ne me plaisait pas, je souhaitais filmer avec une caméra unique et surtout faire des films différents de ces produits télévisuels.
En 1992 vous avez réalisé un documentaire, toujours pour TV Asahi.
Effectivement j’ai réalisé le documentaire Next Batter’s Circle en 1992, documentaire qui a même reçu un prix. Mais ce n’était pas ma première incursion dans ce genre précis. J’en avais déjà produit quelques-uns dans les années précédentes. Après mes déceptions dans la réalisation classique, j’avais alors préféré me consacrer aux documentaires.
De quoi parlait ce documentaire ?
Le documentaire avait le baseball pour sujet principal. C’est un sport très populaire au Japon, surtout chez les étudiants. J’avais donc décidé de filmer des joueurs scolaires et au lieu de focaliser sur ceux qui jouaient, j’ai filmé ceux qui étaient sur le banc à attendre leur tour d’entrer au jeu. Le documentaire a été diffusé de façon journalière dans une émission et chaque partie durait dans les 5 minutes. Je dois dire qu’il y a eu des passages très émouvants.
Une sorte de téléréalité alors ?
Non pas tout à fait, car en plus des joueurs qui attendaient d’entrer en jeu, je filmais aussi beaucoup les spectateurs, et leurs réactions vis-à-vis du match. Et je voulais vraiment capter ces attitudes sur le vif. Dans ce documentaire, au final, il n’y a ni paroles, ni interviews.
3 ans plus tard, vous réalisez votre premier film, Tokyo Skin. Comment s’est passé le tournage ?
La principale difficulté était liée au budget qui était très restreint, voir même inexistant. J’ai donc réalisé ce film avec des amis et des connaissances, de toutes nationalités, qui ont participé soit comme acteur, soit comme membres de l’équipe de tournage. Et comme je ne pouvais pas demander les accréditations nécessaires pour tourner en extérieur, tout le film a été réaliser dans un théâtre.
Le film a t’il marché ?
Tokyo Skin a été présenté au festival de Rotterdam, où il a rencontré un bon succès auprès des spectateurs. Au Japon, je crois que le fait qu’il y ait des acteurs de plusieurs nationalités à engendré une sorte de curiosité.
Après Tokyo Skin, vous êtes parti en Australie avec le Bunkacho (1). Qu’avez-vous fait là-bas ?
Je suis parti en voyage d’études, pour apprendre et voir autre chose que le système de production japonais où je me sentais à l’étroit. J’ai eu une bourse de la part du Bunkacho et j’ai donc pu étudier pendant un an en Australie.
Après votre retour vous avez choisi d’adapter l’affaire des 300 millions de Yens. La production a-t-elle été plus aisée que pour votre film précédent ?
Il y a eu 10 ans entre mon premier film et Hatsukoi. Et je commençais à être un peu plus connu. Les choses sont donc été plus faciles, notamment au niveau du budget que j’ai décroché et qui était digne de ce nom vis-à-vis de ce que je comptais faire.
Avez-vous appliqué les méthodes apprises en Australie ?
J’avais techniquement progressé, certainement, mais c’est surtout sur le pan de l’expérience humaine que j’avais une nouvelle façon de voir les choses. C’est dur à expliquer, mais c’est surtout dans l’approche humaine du tournage que j’avais changé.
Pourquoi choisir d’adapter ce fait divers sous l’angle de l’histoire d’amour ?
L’œuvre originale que j’ai adapté, signée NAKAHARA Misuzu, était déjà une histoire d’amour. D’ailleurs le titre, Hatsukoi, veut dire premier amour. Il y avait déjà eu beaucoup de films sur ce fait divers, mais peu s’appuyait sur l’histoire d’amour. J’ai donc trouvé que c’était original de passer par ce biais. Surtout que le personnage déclencheur de l’histoire est une femme.
Qui est d’ailleurs jouée dans le film par MIYAZAKI Aoi. Pourquoi l’avoir choisie?
Non en fait je ne l’ai pas du tout choisie. Elle était déjà désignée au moment de la préparation du film par les producteurs, avant même que moi je ne sois désigné comme réalisateur sur ce projet. J’aime choisir mes acteurs, là je ne pouvais vraiment pas imposer mes choix. Mais c’est quelqu’un de très professionnelle, gentille et surtout intuitive, et cela s’est très bien passé.
Votre dernier film en date est My Wife. Avez vous une fois encore écrit le scénario, et pourquoi ce double sujet polémique : maladie et vieillesse ?
Non cette fois ci je n’ai pas écrit le scénario. J’avais l’idée, mais j’ai demandé à quelqu’un de plus âgé de l’écrire. Bien sûr je suis intervenu dans l’écriture à certains moments. Quant aux sujets ils sont effectivement douloureux, mais ils sont surtout d’actualité car au Japon, comme dans beaucoup d’autres pays d’ailleurs, les plus de 50 ans ont beaucoup de difficultés à trouver des emplois et ce même si ils sont encore physiquement capables de travailler. C’est un peu comme si il n’y avait plus de place pour eux dans le monde du travail mais aussi dans la société actuelle. A cela s’ajoute le thème du vieillissement et de la maladie. Je ne sais pas si c’est la même chose en France, mais au Japon il y a un vrai problème de soin des maladies et particulièrement les soins en fin de vie. Au Japon quand quelqu’un est hospitalisé, un membre de la famille doit s’occuper du malade en permanence et être présent tout le temps.
Avec un tel sujet, avez vous subi des pressions des producteurs pour atténuer la portée sociale de votre scénario ?
Si le film n’avait traité que de cela, vieillesse et maladie, il aurait été difficile pour moi de le produire. C’est pour cela qu’on s’est aussi beaucoup focalisé sur l’histoire du couple et le film a alors été d’avantage reconnu comme une histoire d’amour.
Que pensez vous de l’état actuel du cinéma japonais ?
Le point positif c’est qu’il y a beaucoup de productions cinématographiques au Japon, et ça me réjouit. Par contre les sujets sont très souvent orientés et il est très difficile de faire quelque chose de personnel. Je souhaiterai vraiment que les réalisateurs et scénaristes aient la liberté d’aborder des sujets plus complexes et dérangeants, et puissent obtenir des budgets pour les réaliser.
Finalement, en ce moment, la seule solution pour ne pas être bridé est d’être totalement indépendant.
Oui exactement. Mais le problème est l’argent. Il faut l’avoir. (…rire…)
(1) Bunkacho : surnom de l’Agency for Cultural Affairs, division du Ministère de l’éducation
Interview réalisée le 26/11/11 dans le cadre du Festival Kinotayo
Merci à HANAWA Yukinari (塙幸成) pour sa disponibilité
ainsi qu’à Anne UEMURA pour la traduction, sans oublier Nolwenn Le Minez et Lucie Chabert pour l’organisation et l’accueil
3 Commentaires pour [Interview] HANAWA Yukinari
Joli boulot, franchement j’aurai pas su quoi lui poser comme question vu la tronche de My Wife ^^
Par contre j’avais pas tilté qu’il avait fait Tokyo skin, qui a eu sa bonne petite réputation (passé sur Arte il me semble). Apparement dans la veine multi-ethnique des 90s post-bulle, un peu la Swallowtail Butterfly, About Love Tokyo, World Appartment Horror & co.
j’ai bien envie de le voir ce Tokyo Skin. Hatsukoi m’avait un peu royalement fait chier, My Wife ne me tente du tout, mais là je sais pas… réalisé dans un théâtre, équipe multinationale… ça pique ma curiosité. Et le mec est vraiment gentil. Il a un peu tiré la gueule quand je lui ai dit que j’avais pas vu My Wife, mais après ça c’est bien déroulé. Je trouve le résultat final plus satisfaisant que celui de Yazaki, alors que j’étais venu pour lui.
Tokyo Skin doit être un trip bcp plus indé (sa porte d’entrée ayant été le festoche de Rotterdam), tout ça pour attendre 10 ans et pondre un truc commercial .. ah le monde cruel du cinéma nippon :/ Après, bon courage pour retrouver l’enregistrement d’Arte! il aurait fallu accrocher le réal à ce sujet après l’itw
review ici: http://zeni.free.fr/acz/cinema.php3?id=chro&chro=tokyoskin