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Cinéma au soleil levant

White Panic [FUJII Shugo, 2005]

 

Dans le créneau SF, le cinéma japonais contemporain soufre d’un problème conséquent : des ambitions sans commune mesure avec ses moyens. D’où des résultats, au pire assez catastrophiques, et au mieux radicalement cheap dans les quelques essais. Alors quand un film, direct to video, décide de recycler quelques gros succès internationaux des années précédentes en y appliquant la seule recette valable pour contrer le manque de budget, le minimalisme, le spectateur est en droit d’être curieux. Surtout quand en plus le réalisateur est déjà coupable d’une première bobine horrifique pas trop désagréable (même si labellisée Tsunku).

2 hommes et une femme se réveillent dans une pièce sans fenêtre et au sol recouvert d’une épaisse couche de poudre blanche. Ils sont nus, ne se connaissent pas et n’ont aucun souvenir de pourquoi ils sont là. Un troisième homme est déjà présent et semble paranoïaque. La seule issue est une porte fermée d’où entrent quelque fois des hommes habillés en blanc juste après qu’un gaz soporifique ait été diffusé dans la pièce.

On pensera forcément à Cube, le chef d’œuvre de Natali, à l’énoncé du résumé. White Panic ne suit cependant pas les pas de son ainé. Pas de métaphore subtile sur l’être humain ici, mais bel et bien un huis clos claustrophobique tournant au film d’anticipation sauce jeu du chat et de la souris à la Saw vers la moitié. Car White Panic s’articule en fait en deux parties très distinctes, et pour une réussite malheureusement pas franchement équivalente. Tout commence donc pour le mieux dans un décor unique à la blancheur médicale, si ce n’est la poudre qui recouvre le sol. Avec peu, White Panic arrive alors à distiller une ambiance et l’envie d’en savoir plus sur ce qui se passe réellement. Le point fort est alors la gestion du rythme, entièrement articulé entre les dialogues / oppositions des personnages que l’on découvre, et les arrivées inopportunes des geôliers. Ce n’est que du très classique, certes, mais le réalisateur s’applique à soutenir son ambiance. D’ailleurs si un qualificatif devait être trouvé pour Fujii Shugo c’est bien celui de scolaire, mais dans le bon sens du terme. On ressent nettement qu’il aime le cinéma de genre, qu’il connait ses classiques, mais il a assez d’idées et de personnalité pour ne pas bêtement régurgiter à l’identique. La fin du film le prouvera d’une jolie manière, avec humour et cruauté, et même si ce cliffhanger final détonne par son coté absurde en rupture totale avec le coté anticipation de tout le reste. le principal est quand même que cette résolution soit suffisament surprenante pour rattraper le semi échec que constitue la seconde partie du film. Une fois le huis clos evacué, White Panic va se transformer en film de couloirs – vides et moches – sans aucun suspens, et sans aucune logique dans les transitions et déplacements. Le film tourne donc à vide, avec un ou deux effets gores histoire de maintenir l’attention, et c’est l’ennui qui prédomine. Plus grave, alors que tout le film tenait sur, justement, une absence d’explication de background, les pas des personnages vont les mener sur un quasi extérieur qui contextualise trop ce qui se passe et fait donc perdre tout l’intéret du mystère que le réalisateur s’évertuait à maintenir lors de la première partie. En plus, tout cela s’accompagne d’un plan CGI hideux à se crever les yeux.

Dommage, car il y avait clairement du potentiel dans le scénario, sans non plus postuler au génie, et surtout dans la mise en scène de Fujii, qui fait beaucoup avec peu de moyens (sauf gérer l’absence de talent de ses acteurs). White Panic n’en est pas moins sympathique que nombre de petites productions SF, et a la politesse de ne pas durer trop longtemps.

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White Panic (怖来) aka Furai
2005
Un film de FUJII Shugo (藤井秀剛)
Avec : MAEDA Ayaka (前田綾花), OSHINARI Shugo (忍成修吾), YASHIRO Kazuo (矢代和央), MITSUYAMA Fumiaki (光山文章)

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